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La barbe dans le clergé une question d'esthétique ?
Prêtres orientaux © DR

La barbe dans le clergé une question d'esthétique ?

La barbe dans le clergé a une longue histoire, le dernier pontife au visage lisse remonte au XVIIIe siècle après tant de tergiversations.

La barbe dans le clergé est une affaire aussi sérieuse que symbolique. Jadis exigée, d’autres fois bannie, tantôt expression de sainteté, tantôt représentative de péché, celle-ci était un véritable attribut qui évoluait selon les vicissitudes de l’histoire. Innocent XII, pape de 1691 à 1670, bien connu pour sa bataille dure et décisive contre le népotisme dans l’Église, est le dernier pape à avoir affiché une pilosité faciale, même s’il se contentait déjà d’une moustache et d’un petit bouc. En réalité le dernier vrai barbu serait Jules II, pape de 1503 à 1513. cela n’empêche qu’en plus de 300 ans, plus aucun pape n’a abandonné le rasoir.

La barbe jusqu’à Jésus

La barbe occupe une place importante dans la bible juive. Couper la barbe d’un autre homme était considéré comme une offense (2 Samuel 10, 4) ; se raser ou s’arracher la barbe était un signe de deuil (Jérémie 41, 5; 48, 37); permettre que sa propre barbe soit profanée faisait penser aux autres que l’on était fou (1 Samuel 21, 13), et certaines coupes de la barbe pour imiter probablement quelque coutume païenne étaient sévèrement interdites (Lévitique 14, 9).

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À l’époque de Jésus Christ, aussi bien chez les Grecs que chez les Romains, on a plutôt tendance à se raser. Et même si chez les apôtres, dans les premières représentations chrétiennes, ils sont montrés avec une barbe, ce n’est pas systématique. Idem pour Jésus représenté tantôt sans barbe, lors de son baptême notamment, tantôt rigoureusement barbu. Certains Pères de l’Église, comme Jérôme et Augustin, semblent censurer ou bien encourager cet usage.

Difficile d’en tirer des conclusions. En revanche, on trouve dans l’histoire de l’Église tant des prises de position, voire des interdits disciplinaires, sur le sujet. À commencer par celui du premier Père de l’Église, Clément d’Alexandrie, dès la fin du IIe siècle.  S’adressant à des Orientaux qui regardaient la coutume de se raser la barbe comme un outrage fait à la nature, il qualifiait la barbe de « signe des hommes »et son rasage de « geste impie » qui porte atteinte « au symbole de la virilité ».

Les premières règles

Au VIe siècle, le débat commence timidement à être plus tranchée. Une règle est dictée — « aucun prêtre ne doit se laisser pousser les cheveux ou se raser la barbe » qui sera vite considérée très peu dans l’air du temps et transformée en « Aucun prêtre ne doit se laisser pousser les cheveux ou la barbe ». On trouve cette règle dans le droit canonique anglais (Clericus nec comam nutriat nec barbam). Mais celle-ci semble avoir été globalement ignorée jusqu’au XIIe et XIIIe siècles.

L’interdiction refait son apparition de façon plus marquée au Moyen Age. Le concile de Toulouse (1229) va même jusqu’à menacer d’excommunication tous les prêtres et religieux qui se laissent pousser les cheveux et la barbe « comme les laïcs ». Mais là aussi, il y a quelques lacunes et la règle a finalement été interprétée comme permettant d’avoir la barbe courte et bien soignée. La phrase barbam nutrire (« cultiver la barbe ») utilisée ne paraît pas interdire rigoureusement le port d’une barbe courte. Et c’est la raison pour laquelle la plupart des papes, des saints et des évêques du XVIe et du XVIIe siècle se font pousser la barbe. Regardons Ignace de Loyola, François de Sales, Philippe Neri, Jules II ou Clément VI.

Cheveux = péchés ?

Mais alors comment se fait-il qu’aucun autre pape après Innocent XII n’ait porté la barbe ? Pour des raisons symboliques et pratiques. Saint Charles Borromée (1538-1584), dans une lettre au clergé, encourage ses prêtres à se raser. Chez certains auteurs, la longueur des cheveux représente la multitude des péchés. Se raser équivaut symboliquement à « éliminer » les péchés et les vices, considérés non seulement nocifs, mais également superflus, comme le sont les poils sur le visage. Sans compter que c’est plus pratique lors des liturgies de ne pas avoir de longue barbe : les prêtres ont interdiction d’avoir des poils au-dessus des lèvres, car cela pourrait les gêner au moment de boire au calice. Cette raison sera toujours considérée plus que valable pour se raser.

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Il faut attendre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle pour que cette pratique du « rasage », sur le modèle de la cour française, devienne vraiment une règle. Au XIXsiècle, on tergiverse encore. Certains tentent de réintroduire le port de la barbe dans le clergé, sans succès. Cependant, dans certains ordres religieux — comme les franciscains capucins et les chartreux — l’utilisation de la barbe est prescrit dans les constitutions… comme symbole de pénitence et d’austérité.

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